Les Bataillons de Chasseurs de Montagne - 1808-1813
Texte et dessin par Didier
Davin
C'est en avril 1808, que
l'Empereur décide la levée de 34 compagnies de miquelets,
bientôt appelés chasseurs de Montagne pour servir
uniquement sur la frontière d'Espagne. Les départements
concernés par cette mobilisation sont l'Ariège, les Hautes
et Basses-Pyrénées, les Pyrénées-Orientales et la
Haute-Garonne.
Ces compagnies sont chargées de recueillir les conscrits
réfractaires des départements frontaliers qui y gagneront
leur amnistie lors de leur licenciement à la fin des
troubles en Espagne.
Il faut dire que depuis le début de la Révolution ces
départements sont traditionnellement des zones
d'insoumission à la conscription et que cela continue de
plus belle (de 30 à 45% d'insoumis et de déserteurs). Le
record étant détenu par l'Ariège.
Bien entendu le fait que la zoné soit montagneuse et
frontalière n'est pas étrangère à cet appétit de liberté et
aux facilités pour la conserver, de même que la pratique à
grande échelle de la contrebande. Cette méthode de lever
des troupes supplétives locales pour tenter les insoumis
avait déjà été utilisée avec succès pendant la Révolution,
sur cette frontière pyrénéenne.
Malgré l'amnistie promise, les insoumis et les déserteurs
sont cependant encore nombreux dans ces régions et leur
incorporation qui se fait souvent de force ne peut que les
inciter à quitter les compagnies de miquelets à la première
occasion. L'autre problème majeur est de trouver des
officiers et sous-officiers pour encadrer ces hommes, pour
qui la discipline est un mot abstrait. Certains officiers
obtiendront de « bons résultats» en se transformant en chef
de bande, laissant une certaine laxité disciplinaire à
leurs hommes, d'autres laisseront leurs unités se dissoudre
d'elles-mêmes par désertion.
Les compagnies sont bientôt regroupées en 8 bataillons
squelettiques. Bien qu'on leur ait promis qu'ils
défendraient uniquement leurs départements, les chasseurs
de montagne pénètrent rapidement en Espagne pour prêter
main-forte aux troupes françaises dès la fin 1808. (Note 1)
Au début de 1809, le général de Wouillemont, qui commande
le département des Hautes-Pyrénées, est dépêché par
Berthier pour surveiller le Haut-Aragon avec 3.000
chasseurs de montagne, les trois quarts de ses hommes
désertent et du même se battre contre les déserteurs. Le
général ne peut ramener que 700 hommes sur la frontière au
début de l'été.
Cependant certaines unités se distinguent: prise de
Venasque en Novembre 1809 par le capitaine Roquemaurel des
chasseurs de montagne de l'Ariège.
Jaca devient aussi une des bases avancées de ses chasseurs
de montagne dès la fin 1809.
En 1810, le ministre de la guerre pense même à arrêter
l'expérience de ces unités qui pour le moment sur le plan
militaire ont peu donné de résultats.
Devant la chute des effectifs, les bataillons de chasseurs
de montagne sont réduits à 3 en Janvier ,1811. Les hommes
qui restent sont la crème de leurs unités. Ils vont alors
prouver au reste de l'Armée, qu'on peut compter sur eux
pour la guerre des partisans et la défense des places
fortes. Les effectifs sont d'ailleurs formés de volontaires
et plus d'insoumis!
Le 1er bataillon est positionné à l'aile gauche de la
frontière (Hautes-Pyr~ées, Pyrénées-Orientales et Haute
Garonne) commandé par le chef de bataillon Montesquiou.
Le 2ème bataillon est formé essentiellement en Ariège sous
les ordres du chef de bataillon Deshorties.
Le 3ème bataillon est à l'aile droite de la frontière
(Bassa Pyrénées) sous les ordres du chef de bataillon Louis
de Luppé.
Ces trois bataillons vont participer activement à la
défense de la frontière en tenant ses places fortes jusqu'à
la dernière extrémité.
- Défense de Jaca fin Août 1813 par le 2ème bataillon de
chasseurs de montagne sous le commandement de Deshorties ;
qui capitule en Février 1814.
- Défense de Venasque par deux compagnies du 1er bataillon
des chasseurs de montagne.
- Défense de Saint Sébastien par le 3ème bataillon commandé
par Louis de Luppé.
Les chasseurs de montagne livrèrent bien d'autre combats.
La dissolution de ces unités se fit vers la fin de 1813 et
au début de 1814. Les chasseurs de montagne furent
incorporés dans le 116ème Régiment de Ligne et dans les
4ème et 25ème Régiment d'infanterie légère.
Uniformes.
Jusqu'à 1810, les chasseurs de montagne portent souvent des
lambeaux d'uniforme ou des vêtements civils militarisés.
Après 1810, ils sont en général habillés d'un uniforme de
type infanterie légère, de fond brun à distinctive bleu
céleste, avec de nombreuses variations quant à la
disposition de cette distinctive. (Note 2)
Officier chasseurs de montagne (d'après Fort et El Guil).
Officier en chapeau noir, recouvert de toile cirée noire. Habit, collet et retroussis marron à passepoil bleu céleste, revers et parements bleu céleste, cors de chasse argent sur les retroussis. Boutons argent. Épaulette et contre-épaulette argent. Gilet blanc ou marron ou rouge dans certaines versions. Pantalon bleu ciel à passepoil latéral marron. Souliers de cuir' noir. Sabre à garde de cuivre, fourreau de cuir noir à garniture de cuivre.
À ses côtés: Officier en Espagne (au siège de Saint Sébastien par exemple).
Couvre schako verdâtre, pompon vert, jugulaires argentées. Surtout marron, collet bleu céleste, passepoil du devant et des retroussis bleu céleste. Boutons argent. Épaulette et contre-épaulette argent. Culotte marron. Bottes de cuir noir à revers fauve. Sabre à garde de cuivre. Ceinturon de cuir noir à plaque argentée.
Sous-officier des chasseurs de montagne.
Schako noir, plaque en losange et jugulaire de métal blanc, cocarde nationale, pompon vert à floche rouge. Habit brun, à collet et parements bleu céleste. Un passepoil bleu céleste borde les revers et les retroussis. Les chevrons de grade sont argent au-dessus des parements. Tous les boutons sont blancs. Pattes d'épaule marron passepoilées de bleu céleste. Gilet blanc. Culotte brune ou blanche. Buffleterie blanche, porte-baïonnette et giberne de cuir noir à droite. Sabre-briquet à dragonne verte mélée d'argent.
Chasseur de montagne en capote.
Bonnet de police brun passepoilé de bleu céleste, gland écarlate. Capote brune. épaulettes rouges. Pantalon blanc ou brun avec une bande bleu céleste. Espadrilles. Buffleterie blanche. Sabre-briquet à dragonne écarlate. Musette en toile et gourde de verre avec renfort en paille. Fusil en bois naturel
à garniture de fer.
Il s'agit vraisemblablement d'une compagnie d'élite (au vu des épaulettes !).
Notes:
1 - Il y avait en 1809.
Un 1er et un 2éme Bataillon des Basses Pyrénées. Un 1er Bataillon des Hautes Pyrénées.
Un 1er et un 2éme Bataillon de la Haute Garonne. Un 1er et un 2éme Bataillon de l'Ariège.
Un 1er Bataillon des Pyrénées Orientales.
Il sera levé aussi un bataillon supplémentaire en Février 1809 avec les conscrits réfractaires du Sud-Ouest (Landes, Gironde, Gers et Hautes-Pyrénées).
2 - Nous connaissons de nombreuses variantes, dont un fort peu probable Tambour Major! Il faut se rappeler que ces hommes étaient équipés sur des budgets départementaux.
