LES BATAILLONS DE CHASSEURS CORSES 1803-1805
Texte et dessin par Didier DAVINDES VOLONTAIRES CORSES
C 'est le 2 Juin 1803 ( 12
Prairial an 11) que le Premier Consul Bonaparte décida de
lever en Corse 5 bataillons de volontaires d' infanterie
légère, pour renforcer la défense de l' île et y faire
régner l' ordre de Paris toujours contestable par ses
compatriotes.
Le général Morand, qui commande
la Région Militaire, est chargé de leur mise sur pied, et
aussitôt, pour recruter les volontaires, il houspille les
deux Préfets ( la Corse est divisée en départements du Golo
et du Liamone) .Ceux ci s' adressent aux Maires chargés de
recevoir les candidatures précisant que: "peuvent s'
enrôler ceux qui sont français, agés de 18 à 30 ans , mais
que l' enrôlement est permis jusqu' à 40 ans si ceux ci ont
déjà servi.
Doivent être enrôlés d' autres que les conscrits déjà
appelés , ni ceux des classes jusqu' à fixation du
contingent, ni au service de Mer. Il est nécessaire d'
avoir une bonne réputation, de produire une attestation du
juge de Paix du canton, d' être visité par un officier de
santé "
Car il y a quand même la nécessité d' être en
bonne santé et de mesurer au moins 5 pieds pour être apte
au service.
Une fois le certificat d' enrôlement pour 3 ans,
contresigné par l' intéressé, le volontaire recevra une
prime de 24 francs, moitié à l' engagement, moitié au bout
d'un mois.
Les 5 bataillons doivent être composés d' un Etat Major
avec un chef de bataillon, un capitaine adjudant major, un
lieutenant quartier maître,un chirurgien major, un tambour
-maître,un tailleur, un armurier et 5 compagnies de
chasseurs ( dont 2 tambours dans chaque), soit pour chaque
bataillon 592 hommes et officiers.
Le 1er bataillon doit être formé à Ajaccio, le 2e à Bastia,
le 3e à Corte, le 4e à Bonifacio et le 5e à Calvi.
Les officiers sont nommés provisoirement par le général
Morand,, ce qui devra être ensuite confirmé par le
Ministère de la Guerre.
Morand choisit donc en priorité d' ancien militaires qu'
ils aient servi la République, voire les ennemis de la
République ! parmi les capitaines...... mais tout ceci se
veut une réconciliation vis à vis du passé
Le 1er bataillon est donc confié à François
Bonelli, chef de bataillon du 23e Léger ( qui
stationne en Corse à l' époque)
Le 2e à Ignace de Caraffa, ex capitaine du
13e chasseurs à cheval et Aide de Camp du général Casalta
Le 3e à Pierre Emmanuelli , un vétéran des
campagnes de la Révolution, chef de bataillon de la 29e
Légère
Le 4e à Jean Peretti , officier de
Gendarmerie
et le 5e à Joseph Avocari de Gentili, ex
chef de bataillon à la 22 e Légère.
Ces nominations sont confirmées par le Ministère en Mars
1804.
La tenue de ces volontaires est assez originale puisque
doit être réalisée en drap du pays.
L ' article 6 du décret de formation précise" l'
habillement sera composé de guêtres, culotte, veste et
bonnet en drap de Corse et façonnés selon l' usage du
pays"
Mais aussi que "les différence d' uniforme entre les 5
bataillons....et la confection de l' habillement seront
déterminées par le général commandant la 23e Division"
DES DIFFICULTES D' ORGANISATION
A vrai dire la levée des volontaires ne se fait pas aussi rapidement que prévue.
Et au Printemps 1804, les effectifs ne sont pas atteints. De même que la qualité des recrues n' est pas excellente. La faute aux officiers et sous officiers employés au recrutement que Morand décidera de remplacer par des cadres du 23e Léger.
Pour les tenues et équipement :c' est la même chose. Il manque de l' argent mais aussi du drap de bonne qualité.
Morand écrit donc aux préfets " Le décret de Sa Majesté ( Napoléon est devenu Empereur entre temps) porte qu' ils seront habillés en drap corse, à l' usage du pays. Il ne fait pas de doutes que SM, en prenant cette disposition, a eu non seulement l' intention de favoriser les manufactures de drap du pays, mais encore de les vivifier
.Il m' est pénible aujourd' hui d' apprendre qua les manufactures n' ont acquis à ce jour aucun degré d' amélioration, que non seulement le drap corse est de mauvaise qualité, mais qu' il est encore plus cher que les années précédentes ".
A peine formée les compagnies sont employées en colonnes mobiles à l' intérieur de l' ile, et servent de Garde Côtes contre des navires anglais.
La tenue et l' organisation se complètent donc avec l'activisme du Commandant de la Région Militaire.
Les 5 bataillons ont à présent différencié leurs tenues par le port de couleurs distinctives, déterminées en Août 1803 ( 1er Fructidor an 11) par Morand, sur leurs uniformes de couleur brune taillés à la coupe de l' infanterie légère.
Le 1er bataillon a collet et parements en bottes et leur pattes écarlates passepoilés de jonquille, revers en pointe jonquille passepoilés d' écarlate
Le 2e bataillon collet et parements et leur pattes bleu céleste passepoilées de rose , revers rose passepoilés de bleu céleste
le 3e bataillon a collet et parements et leur pattes bleu céleste passepoilées d' orange, revers orange passepoilé de bleu céleste
Le 4e bataillon a collet et parements et leur pattes vert dragon passepoilées d' écarlate, revers écarlates passepoilés de vert dragon
Le 5e bataillon a collet et parements bleu céleste passepoilé de cramoisi , revers cramoisi passepoilé de bleu céleste
La coiffure est un bonnet de drap marron, avec une petite floche verdâtre, orné sur le devant d' un petit médaillon en cuivre portant le numéro du bataillon ( d' après une gouache découverte par A Fougeray aux Archives Nationales). Il semble aussi qu' on y ait adapté un petit plumet vert.
L' armement consiste en un fusil, la giberne est porté à une banderole de cuir blanchi mais il semble que dans certains bataillons elle ait été portée aussi " à la Corse" sur le devant.
En tant que "chasseurs" des épaulettes vertes ont été distribuées.
Régulièrement Napoléon demande que l' instruction de ces 5 bataillons soit poussée.
A la fin de 1804, la plupart des troupes insulaires sont dirigées sur Livourne en Italie, devenue place indispensable aux Français depuis la prise de l' Ile d' Elbe et nos bataillons restent bientôt la force principale dans l' île de Corse.
En Février 1805, satisfait de leur comportement, Napoléon décide de former une compagnie de carabiniers dans chaque bataillon arborant les épaulettes écarlates, et chaque compagnie est portée à 110 hommes.
LE DEPART POUR L' ITALIE
De Lyon le 18 Avril 1805, Napoléon écrit à Berthier " Donnez ordre au général Morand de faire passer les 5 bataillons de chasseurs corses à Livourne. Ils formeront une Légion composée de 5 bataillons. Elle sera commandée par De Giovanni, adjudant commandant . Il sera bon de prendre des officiers du Golo et du Liamone , hormis le Quartier Maître.
Mon intention est de former cette légion à Livourne et de s' en servir pour la garder.
On donnera à cette Légion les même habit qu' au Royal Corse, hormis qu' on leur donnera de nouveaux habits courts et hormis le chapeau un shako ( sic)(*)
Toute la Légion sera traitée comme les autres troupes françaises. De Giovanni se rendra en Corse. Il ne laissera partir les capitaines avec leurs compagnies qu' en embarquant au moins 100 à 120 hommes"
(*)la tenue initialement prévue est habit de drap bleu céleste foncé avec revers et parement en pointe jonquille, culotte bleu céleste foncé , gilet blanc , les boutons de métal blanc portant" Empire Français et Légion Corse, et donc un shako d' infanterie légère"
Notre nouvelle Légion Impériale Corse arrive donc à Livourne par petits paquets.
Napoléon ordonne alors de Milan le 29 Mai
" Ordre au général Verdier d' organiser sur le champs cette légion et qu' à mesure que les bataillons arriveront à Livourne, ils y touchent la même solde que les troupes françaises....que l' on s' occupe sur le champs de l' habillement ..avec des draps et shakos du nouveau modèle qui seront confectionnées à Livourne..
Faire passer une revue à mesure que les bataillons arrivent"
Elle y reste plusieurs mois, le temps de se reéquiper et de s' organiser ce qui ne semble pas facile puisqu' on compte des désertions ( le mal du pays) de même que des rixes fréquentes avec les autres troupes de la garnison ( en partie par moquerie sur la tenue des Corses).
A partir des dépôts resté en Corse, on envoie à présent des conscrits de l' île et non plus des volontaires pour compléter les effectifs.
Tandis que sont levés sur place deux nouveaux bataillons de chasseurs dits du Golo et du Liamone
En Août 1805 ,Napoléon écrit encore à Berthier : " demandez au général Verdier, l' état de la Légion Corse et de ce qu' on peut en espérer"
Les carabiniers de la Légion ont été détachés pour former un bataillon d' élite ; Ils servent devant Mantoue.
Le reste de la Légion doit les rejoindre mi Septembre. Elle n' est pas du tout équipée et habillée des nouveaux uniformes bleu céleste et jaunes prévus.
Le Prince Eugène et le ministère de la Guerre du Royaume d' Italie est chargé d' y pourvoir. C' est que la campagne de 1805 va s' ouvrir aussi sur le front italien .
Napoléon lui écrit de Saint Cloud le 18 Septembre
" Mon Cousin, la Légion Corse qui vient de Livourne manque d' habits. On pense que par ce défaut elle soit hors d' état de faire campagne. Prenez des mesures pour qu' elle soit habillée en 8 jours de n' importe quel uniforme...."
Si on trouve assez facilement dans les dépôts italiens des shakos, des sacs, des chemises ,des baudriers et du drap rouge pour les musiciens,du galon argent pour les sous officiers et musiciens; il n' en est pas de même des drap bleu céleste et jaune prévus initialement.
.
Napoléon le presse de Strasbourg le 1er Octobre 1805 :
"Mon cousin, je vois avec plaisir que vous prenez des mesures pour faire venir la Légion Corse. Il est ridicule en effet qu' on me laisse là 2000 hommes pour des raisons futiles;
A leur arrivée et quand vous les aurez habillés et équipés quoiqu' il faille du temps pour en faire de bon manoeuvriers, ce seront de bons soldats qui feront bien leur service...."
Par urgence Eugène fait donc habiller la Légion avec des uniformes "classiques" d' infanterie légère française; ce qu' approuve à posteriori Napoléon, préférant des soldats opérationnels à des soldats inactifs par absence d' équipement.
Il semble qu'au début 1806 on fasse une tentative pour les vêtir comme prévu avec des revers jaunes ( d' après une lettre du Ministère de la Guerre Italien de Février 1806)
La Légion participera aux opérations du blocus de Venise dans l' Hiver 1805-1806 avec le Corps de Gouvion Saint Cyr, tandis que les carabiniers seront à l' aile gauche de l' Armée d' Italie de Massena, puis va partir avec Massena s' occuper du Royaume de Naples en Janvier 1806., en attendant de passer au service de Joseph ,Roi de Naples...... mais ceci est une autre histoire......
Document: Certificat de la Légion Impériale Corse :
La Planche:
un chasseur du 3e bataillon de Chasseurs
Corse en 1804 à Corte
Habit entièrement brun à la coupe de l' infanterie légère ,
idem les guêtres de type infanterie de Ligne
Le 3e bataillon a collet et parements et leur pattes bleu
céleste passepoilées d' orange, revers orange passepoilé de
bleu céleste. Tous boutons blancs
Bonnet brun orné d' une petite paque de cuivre avec le
numéro du bataillon, floche et petit plumet verts
Epaulette vertes
Buffleterie blanche, fusil à garniture fer,, fourreau de
baïonnette noir
Souliers noirs
Un chasseur corse vers 1803 par Benigni
L' élément le plus curieux reste ces guêtres- cuissards en peau de chêvre qui permettent de se mouvoir dans le maquis.
Bibliographie
- Carnets de la Sabretache, Numéro spécial 1973
- A Fougeray : les bataillons de l' infanterie légère de Corse Tradition Magazine N° 193
- Dominique Buresi: Les Corses au combat sous trois drapeaux, éditions DCL 2003
- Correspondance de Napoléon Bonaparte années 1803, 1804, 1805
- Le costume militaires des troupes corses Jean Pieri Cahiers Corsica Bastia 1979

